La forme d’onde
Les variations du signal à l’intérieur de chaque cycle. C’est d’elles que découle le spectre, donc le timbre.
NIVEAUX · DYNAMICS PROCESSING
La dynamique, ce sont les écarts de niveau d’un son. Compresseurs, limiteurs et gates les modifient en baissant automatiquement le niveau au bon moment.
TROIS ÉCHELLES
La dynamique, ce sont les écarts de niveau d’un son. On peut les observer à trois échelles de temps très différentes, et les traitements de dynamique n’agissent pas de la même façon sur chacune.
Les variations du signal à l’intérieur de chaque cycle. C’est d’elles que découle le spectre, donc le timbre.
La vie d’une note ou d’un coup : son attaque, sa tenue, son extinction. Voir l’enveloppe dans le cours sur le son.
La dynamique d’un enregistrement : un couplet calme, un refrain puissant, un pont plus retenu.
Un compresseur, un limiteur ou un gate font en réalité une seule chose : baisser le niveau, automatiquement. Le compresseur et le limiteur baissent ce qui dépasse un seuil ; le gate baisse ce qui passe en dessous. À la différence d’un fader, cette baisse change à chaque instant, selon le niveau du signal.
Les passages forts dépassent le seuil (en rouge).
Seules les parties au-dessus du seuil sont baissées ; le reste ne bouge pas.
Un réglage fixe remonte le tout : les passages faibles sont maintenant plus forts qu’avant.
Avec des temps de réaction courts à moyens, le compresseur modifie l’attaque et la tenue des notes et des coups. C’est son usage le plus courant : les réglages d’attaque et de relâchement, plus bas, servent à ça.
Avec des temps lents, il réduit l’écart entre passages calmes et forts. L’automation du volume et le mastering travaillent aussi à cette échelle.
Si les temps deviennent trop courts, la baisse de gain suit les cycles du signal : elle déforme la forme d’onde, donc le spectre. On n’entend plus une compression mais une distorsion, comme dans une saturation.
OUTIL INTERACTIF
La courbe gauche montre la relation entrée/sortie. Le graphique droit montre la réaction temporelle aux impacts.
NIVEAU CALCULÉ EN SORTIE −12,0 dBFS
RÉDUCTION DE GAIN · GR 0,0 dB
SIDECHAIN · SIGNAL DE COMMANDE
Le sidechain est le signal observé par le détecteur. Dans un fonctionnement normal, il provient de la piste traitée. Il peut aussi être filtré, ou remplacé par une autre piste qui commande la réduction de gain.
À l’intérieur, un compresseur a deux chemins : le son lui-même, qui traverse un gain variable, et un circuit de détection, qui écoute un signal et commande ce gain. Le sidechain, c’est l’entrée de ce circuit de détection.
SIGNAL QUI DÉCLENCHELa piste elle-même
RÉDUCTION MAXIMALE0,0 dB
Le détecteur reçoit une copie de la piste traitée. Cette copie sert uniquement à mesurer le niveau et à commander le gain.
Un filtre sur l’entrée du détecteur choisit ce qui déclenche. Un passe-haut empêche les graves de la piste de faire réagir le compresseur ; en ducking, un passe-bas sur un bus de batterie ne laisse passer que la grosse caisse. Le filtre agit quelle que soit la source, sans toucher au son.
Une grosse caisse peut faire baisser une basse ou une nappe. C’est le ducking : la source de commande peut rester inaudible dans la sortie du compresseur.
LES PARAMÈTRES
Au-dessus de ce niveau, le compresseur commence à agir. Plus le seuil est bas, plus une grande partie du signal est concernée.
Indique la pente au-dessus du seuil. Avec 4:1, 4 dB supplémentaires en entrée ne donnent qu’environ 1 dB en sortie.
Temps nécessaire pour appliquer la réduction. Une attaque lente laisse davantage passer le début transitoire.
Temps nécessaire pour relâcher la réduction lorsque le signal redescend. Trop court, il peut pomper ou distordre.
Détermine si la transition autour du seuil est brusque ou progressive. Un coude doux rend l’entrée en compression plus graduelle.
Gain fixe ajouté après compression. Il sert à retrouver un niveau comparable, pas à cacher un réglage excessif.
Crête, RMS ou modèle perceptif : la mesure choisie modifie la manière dont le processeur réagit.
Signal utilisé par le détecteur. Il peut être filtré ou provenir d’une autre piste, comme une grosse caisse qui fait baisser une basse.
EN PRATIQUE · À QUOI SERT UN COMPRESSEUR
Un compresseur ne sert pas qu’à « baisser les crêtes ». Selon l’attaque, le relâchement, le ratio et le dosage, il façonne le son de manières très différentes, parfois opposées. Ce qui compte, c’est le résultat après compensation du niveau : la forme du son a changé.
Une attaque lente (20 à 40 ms) laisse passer le début du coup, puis le corps est baissé. Une fois le niveau compensé, l’attaque ressort : caisse claire, grosse caisse, basse au médiator.
4:1 · 30 ms · relâchement courtAttaque rapide, ratio modéré : les passages forts se rapprochent des faibles. Une voix reste intelligible, une basse garde un niveau constant.
3:1 · 1 à 5 ms · 100 à 200 msLe début de chaque note est baissé, la fin beaucoup moins : après compensation, la note semble durer plus longtemps. Guitare, basse, piano.
4 à 8:1 · 5 ms · relâchement longUne copie très écrasée, mélangée en dessous de l’original (souvent sur un bus ou avec le réglage de dosage). L’original garde les attaques, la copie remonte le corps et les détails. Un classique sur batterie.
20:1 · instantané · 15 à 20 dB · 20 à 40 %Sur des micros d’ambiance (room), une compression forte et rapide aplatit les attaques ; pendant que le gain remonte, la résonance de la pièce ressort. La batterie « respire » dans un espace plus grand.
10:1 ou plus · très rapide · 200 à 400 msPeu de réduction sur un bus : les éléments partagent les mêmes mouvements de gain et semblent jouer dans le même espace. Voir la colle en détail, avec son outil, plus bas →
2:1 · 10 à 30 ms · 1 à 3 dBLa boucle de batterie du site (et une guitare pincée pour le sustain) passe dans un compresseur réglé pour chaque usage. Avant et après sont à la même sonie. Le graphique superpose l’enveloppe des coups avant (gris) et après (orange) : regarde les pics ressortir avec le punch, les queues remonter avec l’ambiance.
On dit d’un compresseur de bus qu’il « colle » un mix ou une batterie ; on parle aussi de « liant », et en anglais de glue. L’explication est simple : sur un bus, tous les éléments partagent la même variation de gain. Quand la grosse caisse frappe, le reste recule un tout petit peu avec elle ; quand elle s’efface, tout remonte. Ces mouvements communs, à peine audibles, donnent l’impression que les éléments jouent dans le même espace et réagissent les uns aux autres. Le mix paraît plus dense et plus cohérent, sans que rien ne semble compressé.
Sur un mix entier, la réduction reste faible. Sur un bus de batterie, on peut aller plus loin. Au-delà, ce n’est plus de la colle, c’est un effet.
Un ratio bas, souvent avec un coude doux, fait réagir le compresseur progressivement, sur tout le programme plutôt que sur quelques crêtes.
Les attaques passent avant que le gain ne baisse : le mix garde son impact. Une attaque très rapide aplatit les transitoires et ternit la batterie.
Le gain doit remonter avant le coup suivant. Trop lent, il reste baissé ; trop rapide, il distord ou fait pomper. Le relâchement automatique s’adapte : rapide après une crête, lent quand le niveau reste haut.
Un passe-haut sur le détecteur (le sidechain interne) empêche la grosse caisse et la basse de commander tout le mix. C’est la première chose à vérifier quand ça pompe.
Un dosage (mix) mélange le signal compressé et l’original : on peut écraser fort une copie et n’en garder qu’une part. Les attaques viennent de l’original, la densité de la copie.
Le compresseur VCA est souvent choisi pour ce rôle : réaction précise, ratios et temps réglables, comportement stable. Des circuits plus lents (optique, vari-mu) donnent une colle plus douce et plus « ronde ». Et la colle ne vient pas que du compresseur : une même réverbération courte pour plusieurs éléments, une légère saturation commune ou une bande émulée sur le bus produisent aussi cette impression d’ensemble. Dernière question, de méthode : mixer « dans » le compresseur dès le début, ou le poser à la fin. Dans le premier cas, on équilibre avec lui ; dans le second, il risque de déplacer un équilibre déjà trouvé.
Un petit mix passe dans un compresseur de bus. Avant et après sont remis à la même sonie : écoute la cohésion et le mouvement, pas le volume. La courbe montre la réduction de gain sur quatre mesures, avec la zone « colle » de 0 à 3 dB.
TRANSITOIRES ET CRÊTES · AU-DELÀ DU CONTRÔLE
Les attaques sont des pointes très brèves : elles ne pèsent presque rien dans le niveau moyen qu’on entend, mais ce sont elles qui touchent le plafond. L’écart entre la crête et le niveau moyen s’appelle le facteur de crête. Manipuler les transitoires, ce n’est donc pas seulement « contrôler » : c’est décider de la place d’un son dans le mix, de sa matière, et de la manière dont la marge disponible est utilisée.
Un son qui démarre plus fort paraît plus proche et plus défini. Une grosse caisse ou une guitare acoustique traverse ainsi un mix dense, sans monter son fader.
Adoucir l’attaque fait reculer un élément, comme joué plus loin ; il accompagne sans dominer. Utile aussi pour une prise trop claquante ou un médiator trop présent.
Raccourcir les résonances et la pièce rend une batterie plus sèche et plus rythmique, sans la coupure franche d’un gate.
Remonter la fin des sons donne du corps et de l’ampleur : une batterie qui respire, une guitare qui tient.
Un clipper ou un limiteur rapide coupe les pointes trop brèves pour être entendues. Le facteur de crête baisse : à crête égale, tout le reste peut monter. Courant sur un bus de batterie, avant le limiteur final.
Le façonneur de transitoires agit sur la forme sans seuil. Le compresseur fait du punch ou du sustain selon son attaque. Le clipper rabote brutalement, le limiteur plus proprement mais plus lentement.
La boucle de batterie passe dans un façonneur de transitoires puis dans un clipper. Compare à crête égale pour voir le niveau gagné en rognant les crêtes, et à sonie égale pour entendre ce que chaque réglage change dans le son.
FAMILLE DYNAMIQUE
Réduit la progression des niveaux forts. Il contrôle les écarts, colore parfois les transitoires et peut modifier la sensation de densité.
Compresseur à ratio très élevé, généralement très rapide. Il empêche les crêtes de dépasser un plafond, dans certaines limites.
Ferme ou atténue fortement le passage lorsque le signal devient faible. Utile contre une repisse ou un bruit entre les événements.
Augmente la différence entre niveaux faibles et forts. Une expansion descendante atténue progressivement les faibles niveaux.
Modifie le début et la tenue d’un son sans utiliser nécessairement un seuil classique.
ALLER PLUS LOIN · COMPRESSION MULTIBANDE
Un compresseur multibande sépare le signal avec des filtres de coupure (crossovers), applique un traitement de dynamique indépendant à chaque bande, puis les additionne. Un impact grave peut ainsi déclencher la bande basse sans faire baisser tout le médium et l’aigu.
Un petit mix (grosse caisse, basse, voix tenue, charleston) passe dans deux compresseurs réglés de la même façon : l’un écoute et traite tout le mix, l’autre ne traite que la bande grave. Les trois versions sont remises à la même sonie : on compare l’effet, pas le volume. Écoute la voix, pas la grosse caisse.
Une cloche ou un plateau change de gain selon son détecteur. Le spectre n’est pas nécessairement découpé en bandes contiguës couvrant toute la plage.
Chaque bande possède son niveau, son seuil, son ratio et ses temps. Les fréquences de séparation définissent les frontières entre processeurs.
Des notes ou impacts graves dépassent parfois, tandis que le reste du signal doit conserver son mouvement.
Une bande médium peut être comprimée sur les passages denses sans réduire autant le grave et l’air.
En mastering ou sur un bus, quelques décibels de réduction peuvent stabiliser une zone ; revenir au mix reste préférable si une piste précise est en cause.
ALLER PLUS LOIN · MID-SIDE
Comme l’égaliseur mid-side, un compresseur peut traiter le Mid (ce qui est au centre) et le Side (ce qui est sur les côtés) avec deux réglages différents. Un compresseur stéréo classique, lui, applique la même réduction aux deux canaux pour ne pas faire bouger l’image ; en mid-side, on choisit au contraire de traiter chaque zone pour ce qu’elle contient.
Compresser le Mid régularise ce qui porte le morceau, sans toucher à l’ambiance des côtés. Après compensation, l’image paraît même un peu plus large.
Compresser le Side tient les réverbérations, cymbales ou guitares écartées qui sautent par moments : le niveau des côtés varie moins. Sans compensation sur le Side, l’image se resserre un peu.
Une compression douce et lente au centre pour garder l’impact, plus ferme et rapide sur les côtés pour tenir l’ambiance. C’est l’intérêt principal de l’approche, en mastering surtout.
Le risque est propre au mid-side : quand le Mid et le Side ne réagissent pas ensemble, la largeur de l’image se met à varier au rythme de la musique. On vérifie toujours en mono, et on garde des réductions faibles. Le même principe existe en EQ dynamique mid-side, souvent plus précis : on ne traite qu’une zone de fréquences du centre ou des côtés.
L’extrait stéréo du site, compressé en mid-side. En haut, la réduction de gain du Mid et du Side ; en bas, la largeur de l’image (le Side comparé au Mid) avant et après. Avant et après sont à la même sonie.
CAS PARTICULIERS · TRAITEMENTS VERS LE HAUT
La règle de base reste vraie : un compresseur, un limiteur ou un gate baissent le niveau. Certains traitements, eux, font réellement monter une partie du signal. On les aborde une fois la règle de base bien comprise.
Une copie très compressée est mélangée au signal d’origine. Les crêtes restent portées par l’original, tandis que la copie remonte les détails et les passages faibles.
Certains processeurs relèvent les niveaux situés sous un seuil au lieu de baisser ceux du dessus. Les fins de notes et les détails ressortent.
Au-dessus d’un seuil, le niveau monte plus vite que l’entrée : les écarts grandissent, les attaques paraissent plus vives. Utile pour redonner du relief à un son trop écrasé.
Il renforce ou atténue le début des sons et leur tenue, en suivant l’enveloppe plutôt qu’un seuil de niveau.
Certains compresseurs ajustent eux-mêmes le gain de sortie pour compenser la réduction moyenne. Pratique, mais trompeur si l’on compare avant et après sans vérifier le niveau.
MÉTHODE
Contrôler des crêtes, stabiliser une voix, donner du sustain ou créer un effet de pompage ne demandent pas le même réglage.
Observer la réduction de gain tout en écoutant les passages les plus calmes et les plus forts.
L’attaque façonne les transitoires ; le relâchement doit suivre le rythme et la respiration du signal.
Utiliser le makeup gain seulement pour éviter que « plus fort » soit confondu avec « meilleur ».