MMAO PERSAN
← Parcours avancé

12 · SURROUND & IMMERSIVE AUDIO

Surround et immersif

Du 5.1 au Dolby Atmos, puis au casque : comprendre les canaux, les objets et les fichiers qu’on vous demandera de livrer, et garder un regard lucide sur ce que les auditeurs entendent vraiment.

01

LOCALISATION

Deux oreilles, trois indices

Avec deux oreilles seulement, on sait dire si un son vient de devant, de derrière ou d’en haut. Le cerveau combine la différence de temps d’arrivée entre les oreilles (moins d’une milliseconde), la différence de niveau (surtout dans les aigus, que la tête masque) et le filtrage que la tête, les épaules et le pavillon appliquent selon la direction : la HRTF. La stéréo sur deux enceintes n’exploite que les deux premiers indices, et seulement entre les enceintes. Pour placer des sons autour de l’auditeur, il faut soit des enceintes autour de lui, soit reproduire les trois indices au casque.

02

CHANNEL-BASED FORMATS

Les formats à canaux : un canal, une enceinte

En surround classique, chaque canal du fichier est destiné à une enceinte précise. La notation compte les enceintes : 5.1 signifie cinq enceintes à hauteur d’oreille et un canal de graves ; 7.1.4 ajoute deux enceintes et quatre enceintes en hauteur (le troisième chiffre).

POSITIONS

Des angles normalisés

Gauche et droite à 30° de part et d’autre du centre, surrounds vers 110° en 5.1 (recommandation ITU-R BS.775). Le mix n’est juste que si l’écoute respecte à peu près ces positions.

ORDRE DES CANAUX

La première source d’erreurs

Plusieurs ordres coexistent : L R C LFE Ls Rs (SMPTE/ITU, celui des WAV multicanaux) ou L C R Ls Rs LFE (ordre « Film », celui de Pro Tools). Un fichier lu dans le mauvais ordre envoie la voix dans une enceinte arrière.

FICHIERS

Entrelacé ou mono séparés

Un seul WAV multicanal, ou un fichier mono par canal nommé avec son suffixe (Titre.L.wav, Titre.C.wav…). En image, le 48 kHz / 24 bits est la norme. La spécification du destinataire décide.

LABORATOIRE 1 · CASQUE

Configurations et ordre des canaux

Écoute chaque enceinte à sa place, puis fais le tour des canaux d’un fichier. Coche ensuite « Lire un fichier SMPTE comme s’il était en ordre Film » pour entendre l’erreur.

03

LOW-FREQUENCY EFFECTS

Le « .1 » n’est pas le caisson de basses

LFE

Un canal d’effets

Le LFE (low-frequency effects) est un canal supplémentaire, limité aux graves (jusqu’à 120 Hz), lu 10 dB plus fort que les autres canaux à valeur égale dans le fichier. Il a été conçu pour les explosions et les impacts du cinéma, pas pour porter la basse de la musique.

BASS MANAGEMENT

La gestion des graves

À la lecture, un système qui a de petites enceintes redirige les graves de tous les canaux vers le caisson. Le caisson joue donc bien plus que le LFE : ce sont deux choses différentes.

EN PRATIQUE

Rien d’essentiel dans le LFE

Le repli stéréo ignore souvent le LFE. La basse et la grosse caisse d’un morceau restent dans les canaux principaux ; le LFE ne fait que renforcer, s’il est utilisé.

04

DOWNMIX

Le repli stéréo

Un mix surround est souvent écouté en stéréo : le lecteur le « replie » automatiquement. La formule la plus courante ajoute le centre et les surrounds atténués de 3 dB : Lo = L + 0,707 × C + 0,707 × Ls, et de même à droite. Le LFE est généralement abandonné.

RISQUE

Des annulations

Un même son placé dans plusieurs canaux avec de petits décalages peut se creuser une fois additionné : réverbérations décorrélées, micros d’ambiance.

RISQUE

Un équilibre qui bouge

La voix au centre, les ambiances derrière : une fois repliées, les proportions changent. Écouter le repli fait partie du contrôle.

SOLUTION

Une stéréo dédiée

Quand la stéréo compte vraiment, on livre un mix stéréo fait pour elle plutôt que de compter sur le repli.

05

OBJECT-BASED AUDIO

Dolby Atmos : un lit et des objets

Dolby Atmos ne fixe plus un canal par enceinte. Le mix combine un lit (bed) à canaux, jusqu’à 7.1.2, et des objets : des sons accompagnés de métadonnées de position (x, y, z), de taille, éventuellement automatisées. Le moteur de rendu (renderer) reçoit jusqu’à 128 entrées, par exemple un lit 7.1.2 et 118 objets.

LIT

Des canaux fixes

Pour ce qui n’a pas besoin de bouger avec précision : ambiances, réverbérations, pupitres larges.

OBJETS

Des sons positionnés

Une voix, un effet qui passe au-dessus : leur position est décrite, pas affectée à une enceinte.

RENDU

Calculé à la lecture

Le moteur répartit chaque objet sur les enceintes présentes : 7.1.4 en studio, 5.1 au salon, barre de son, ou casque.

RE-RENDUS

Des versions dérivées

Depuis le master, le moteur produit des versions 7.1, 5.1 ou stéréo. Utiles au contrôle, elles ne remplacent pas toujours un mix dédié.

Plusieurs DAW intègrent désormais un moteur de rendu Atmos ; sinon, le Dolby Atmos Renderer tourne à côté de la DAW. D’autres formats immersifs existent, avec leurs propres outils : Sony 360 Reality Audio, Auro-3D, DTS:X au cinéma, ou l’ambisonie pour la vidéo 360° et la réalité virtuelle.

LABORATOIRE 2

Un objet, plusieurs rendus

Place l’objet dans la pièce et règle sa hauteur, puis change de système de lecture : les métadonnées restent identiques, la répartition sur les enceintes change. Rendu simplifié, pour comprendre le principe.

06

DELIVERABLES

Livrer : les fichiers et les exigences

C’est souvent par la livraison qu’on rencontre l’immersif : un distributeur, un label ou un diffuseur demande une version Atmos en plus de la stéréo. Les fichiers attendus sont précis.

FichierContenuPour qui
ADM BWF (.wav)Un seul fichier WAV avec tous les canaux du lit et des objets, et les métadonnées de position (ADM). Généralement en 48 kHz, 24 bits.Distributeurs et plateformes de musique
Master Atmos (.atmos et fichiers associés)Le format natif du moteur de rendu, avec l’audio et les métadonnées.Studios, archives, reprises du mix
Re-rendus 7.1.4, 5.1, 2.0Versions à canaux tirées du master, en WAV multicanaux ou mono séparés.Télévision, cinéma, contrôle
Stéréo dédiéeLe mix stéréo habituel, masterisé.Presque toujours demandé en plus
NIVEAU

Des cibles différentes

Pour la musique immersive, on rencontre souvent environ −18 LUFS intégrés et −1 dBTP de crête vraie. En diffusion télévisée européenne, le 5.1 suit l’EBU R 128 à −23 LUFS. Ces valeurs dépendent du destinataire.

CONFORMITÉ

Des contrôles automatiques

Les distributeurs vérifient le format, la fréquence, les métadonnées, le niveau, et que la durée correspond à celle de la stéréo. Un fichier non conforme est refusé.

ENCODAGE

Ce que l’auditeur reçoit

La plateforme encode le master dans un format compressé (Dolby Digital Plus JOC ou AC-4, par exemple). Les objets y sont regroupés : l’auditeur n’entend pas exactement le master.

Voir aussi Formats et livraison et Niveaux et mesures pour le LUFS et la crête vraie.

07

BINAURAL RENDERING

Au casque : le rendu binaural

La plupart des écoutes « immersives » se font au casque ou avec des écouteurs. Le lecteur transforme alors le mix en deux canaux binauraux, avec des HRTF. Dans un projet Dolby Atmos, chaque objet et le lit ont un réglage de rendu binaural (off, near, mid, far) utilisé par le moteur de Dolby. Certaines plateformes, comme Apple Music, utilisent leur propre moteur et n’en tiennent pas compte : le même master ne sonne pas pareil selon l’application.

HRTF « MOYENNE »

Une tête type

Le rendu utilise la HRTF d’une tête moyenne. Pour certaines personnes, l’avant et l’arrière se confondent ou le son reste dans la tête.

SUIVI DE LA TÊTE

Un traitement du lecteur

Certains écouteurs suivent les mouvements de la tête pour garder la scène fixe. C’est appliqué au moment de l’écoute, parfois même à des mix stéréo qui n’ont pas été pensés pour cela.

CONTRÔLE

Écouter plusieurs rendus

Vérifier le mix sur enceintes, avec le rendu binaural de Dolby, avec celui d’au moins une grande plateforme, et en stéréo.

LABORATOIRE 3 · CASQUE

Placer un son autour de la tête

Compare le panoramique stéréo et le rendu binaural du navigateur, en particulier devant et derrière, puis en hauteur.

08

USAGES RÉELS

Regard critique

L’immersif est un outil puissant, et aussi un argument commercial. Quelques constats aident à garder la tête froide.

IMPOSÉ

Demandé avant d’être utile

Des labels et distributeurs exigent une version Atmos pour certains catalogues, et des plateformes ont annoncé favoriser les titres en spatial. Le format est parfois demandé sans que le morceau en ait besoin.

UPMIX

Des versions faites vite

Beaucoup de versions immersives sont des remixes rapides, voire des conversions automatiques de la stéréo : réverbération dans les hauteurs, voix étalée, son plus large mais moins net.

ÉCOUTE

Surtout au casque

Très peu d’auditeurs ont des enceintes en hauteur. L’immense majorité entend un rendu binaural générique, ou une barre de son qui simule la hauteur.

COMPARAISON

Plus large n’est pas mieux

En passant de la stéréo au spatial, le niveau et le traitement changent : la version spatiale peut paraître impressionnante sans être meilleure. Comparer à niveau égal.